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01/03/2008

De l’outrance verbale à l’outrage à la République

Les récents dérapages verbaux du Chef de l’Etat ont créé une turbulence émotionnelle et médiatique dans l’hexagone et , plus grave, ont fait écho dans les nations étrangères.
Au-delà de l’anecdote, il semblerait que le nouveau Président agisse comme un catalyseur ou un miroir grossissant des tensions de notre société.
Nombre de ses opposants focalisent sur sa personnalité, mais c’est trop oublier qu’il procède d’un consensus.
S’il est seul au sommet de l’Etat, il y a été porté pas ses électeurs et par les élites de son parti qui adhèrent à sa démarche.
C’est peut-être plus encore la façon dont ce dérapage a été légitimé par son environnement qui pose les vrais problèmes :
Ceux d’une banalisation des outrances ou abus verbaux et de ce qu’elle implique. Puisqu’il faudrait les considérer comme « modernes » ou « virils ». À ce stade ne sommes nous pas tous « coupables «  et tous « responsables » ?
Sur la route, dans la rue, à l’école , à la maison , dans le stade de foot et plus grave dans l’arène politique, l’injure est devenue monnaie courante. Ne pas y céder fait  paraître  « ringard ». Ce qui rejoint la conception des proches du Président qui estiment qu’un écart de langage est un gage de modernité.
Il est évident que les insultes qui volent dans notre quotidien étaient impensables  du temps de nos grands-parents. Depuis une quarantaine  d’années il a été admis qu’il fallait se débarrasser de la «  morale bourgeoise de Papa » au nom de la lutte contre l’hypocrisie et la porte a été progressivement ouverte à toute les permissivités.
N’est-ce pas une nouvelle forme d’hypocrisie  d’admettre cette valse d’insultes ou de grossièreté tant qu’elle  se contente de «  voler » et qu’elle  ne devienne scandale que lorsqu’elle est  enregistrée, filmée ou couchée sur le papier ?
À ce qui a été étiqueté de «  morale bourgeoise » , ne serait-il pas temps de substituer le respect des règles démocratiques  qui fondent notre société ?
L’insulte est une forme de violence qui est faite à l’autre, frappé de mépris, de vindicte et de haine.C’est une atteinte  de principe à la dignité de la personne humaine qui peut être plus ou moins grave.
L’art 4 de la déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen pose que la liberté consiste à faire ce qui ne  nuit pas à autrui.
La violence, sous toutes ses formes, y compris verbale, nuit à autrui.
Or la violence est devenue le quotidien de nos sociétés modernes. Elle crève les écrans de cinéma ou de télévision et s’actualise dans nos villes et banlieues. Les medias s’y adonnent de manière plus  raffinée, par l’outrance, remplaçant souvent l’information par le sensationnel qui fait violence aux sensibilités. La présomption d’innocence est pratiquement bafouée par les «  traques médiatiques » qui, dans la forme , si ce n’est au fond, finissent par marquer le plus innocent du fer rouge de la suspicion .
L’opposition se manifeste  trop souvent par la violence verbale. Nombre de blogs  se couvrent ainsi d’injures envers le Chef de l’Etat. Si c’est un signe de santé  pour la liberté d’expression, ce n’en est pas un pour notre démocratie car ces excès dégradent l’éventuelle pertinence des critiques formulées.
S’il est bon d’user de la liberté d’expression , il est risqué d’en abuser  au risque de la voir se réduire.
Cela provient de ce que depuis des décennies s’est instauré en France un climat de guerre virtuelle opposant, bloc contre bloc, les deux camps politiques adverses .  Il est normal de considérer « ennemi » tout ce qui n’est pas de son camp . À  l’image de ces tensions  et violences banalisées nos politiques multiplient  les «  dérapages » .
C’est  maintenant au tour du Maire d’une des principales villes de France ,qui a aussi de hautes fonctions dans nos institutions,  de s’être fait piéger par une vidéo  où il égrène  complaisamment des injures envers des citoyennes qui l’ont elle-même insulté. Il y a quelque mois  le Secrétaire Général de l’UMP devait s’excuser de propos insultants  envers une femme  , élue du peuple.
Cette accumulation prouve  qu’ à tous les niveaux  du pouvoir politique il est d’usage de manier l’insulte, tout comme pour le citoyen il est devenu normal d’injurier ses politiques.
En bafouant régulièrement ces principes  de base , c’est la République que nous outrageons.
Ces dérives ne peuvent servir l’idéal démocratique. Or la Démocratie est d’autant plus fragile qu’elle est rare dans le monde .
Ne serait-il pas temps de  retrouver un réel humanisme social qui poserait prioritairement le respect de la personne  et permettrait  d’établir un réel débat démocratique responsable ?
C’est un des enjeux des Démocrates qui, derrière François BAYROU, aspirent à voir porter « à son maximum la conscience et la responsabilité des citoyens » selon les mots de Marc SANGNIER .
Conscience et responsabilité de tous les citoyens jusqu’aux plus hauts responsables.

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