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03/11/2008

Crise de confiance- crise de conscience

 

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Conférence Nationale du Mouvement Démocrate- Paris - Mutualité

La confiance est un élément fondamental des rapports humains et donc de nos sociétés. Que ce soit au niveau des rapports privés ou familiaux, au niveau de la santé, du travail  de la politique , du commerce ou des affaires elle est une clef de voûte incontournable. Être en confiance c’est pouvoir se fier, ne pas craindre, redouter l’autre et ses comportements ou agissements.
Elément intangible, elle ressort du fort intérieur de la conscience de chaque individu ; elle est aussi d’une grande fragilité.Chaque fois qu’elle se sent trahie ou trompée, elle s’émousse comme un capital qui perdrait peu à peu de son potentiel. Il faut parfois quelques facteurs déclenchants pour qu’elle se fissure et la vigilance éveillée ouvre la brèche vers la défiance.
Une confiance trop souvent trahie peut se tarir  pratiquement et mettre beaucoup de temps à se reconstituer.
Cet élément impalpable et non achetable, inhérent à la nature humaine et à son exigence profonde est bien connu  et savamment exploité du monde du commerce, des affaires et de la politique qui cherche à s’en servir  comme levier pour déclencher des réactions.
Or s’il est envisagé dans un but d’exploitation, la brèche est immanquablement  ouverte vers son abus.
Vient alors en politique le lot des promesses électorales,  des paroles rassurantes, des espoirs affirmés sans garanties, toute une gamme stratégique qui peut aller de la tromperie délibérée aux envolées oratoires authentiques mais sans lendemains pratiques.
On sait que ce qui caractérise le manque d’enthousiasme des français pour la politique et les politiques est un manque de confiance flagrant. De désillusions en déceptions et désabusement, les esprits se replient.
Ce déficit de confiance est grave car il accélère un processus de fragmentation, de rupture sociale au sens profond du terme. Il n’est souvent pas très loin du désespoir quand il n’en franchit pas le pas .C’est à dire du manque d’espérance de foi en l’avenir, en des possibilités de changements.

Ainsi se creuse jour après jour le fossé entre ceux qui gouvernent et ceux qui   sont gouvernés.
Dans ce désenchantement  croissant les faits objectifs ont leur part majeure mais les medias, caisse d’amplification et de résonance , jouent également un rôle considérable de démoralisation générale au double sens du terme.
Dans le monde du commerce ou des affaires la défiance s’est également propagée à vitesse croissante pour arriver à cette gigantesque crise  financière d’ampleur planétaire que François BAYROU considère prioritairement comme une crise morale et qui va engendrer une gigantesque crise de confiance mondiale.
Crise de  confiance en l’avenir,  de confiance dans le modèle de société mais aussi de  confiance en l’homme tout court.

Dans les sociétés traditionnelles  les transactions se  scellaient d’une poignée de main  qui faisait office de contrat inviolable.
Il en était de même dans le monde rural chez nous du temps de  nos grands- parents .
Certes la société s’est complexifiée et les transactions sont d’une tout autre difficulté.
Mais néanmoins derrière les façades de marbre et de verre, dans l’atmosphère  apparemment  aseptisée  du «  business »  selon le modèle anglo-saxon qui s’est imposé, ce qui prédomine trop souvent est un instinct prédateur qui cherche  à utiliser tout l’arsenal juridique ou administratif pour tirer le maximum de l’autre, ( voire l’exploiter ou le dépouiller) ;  cet autre dont la nature de «  prochain » est oubliée  .
Jusqu’à présent cette attitude était considérée comme gagnante, assurant la réussite matérielle et donc respectable et respectée si ce n’est révérée.Le vocabulaire marketing et économique s’est tissé de termes guerriers offensifs qui se sont imposés graduellement aux consciences. Laissant entendre par là qu’il s’agissait bien d’une sorte de guerre sans quartier dont le but était le profit maximum.
Or la crise de 2008 nous révèle qu’on ne peut impunément transgresser les principes.
«  Qui sème  le vent récolte la tempête ».
Poussée au paroxysme , cette attitude qui a évacué les besoins et les droits humains  pour se livrer sans frein à la fièvre spéculatrice a fini par aboutir à une catastrophe générale qui brise et remet en cause le système même qui a été le modèle dominant de   ces dernières décennies et a entraîné  la direction du monde.
Pour  tout esprit à tendance philosophique bien des réflexions s’imposent.
L’aspect général de cette crise, au-delà des raisons techniques que les spécialistes peuvent dégager, n’est-elle pas liée à une forme de complicité tacite du monde politique comme du monde des affaires, qui a laissé se développer une démarche contraire  aux principes humanistes et même au simple bon sens ?
Si la loi du coeur ne peut s’imposer, il est flagrant que la loi de la raison même va obliger à remettre les pendules à l’heure.
On ne peut éternellement  s’enrichir à outrance sur la souffrance et la faim de son prochain sans en payer un jour ou l’autre les conséquences.
On obtient forcément insurrections ou déséquilibres économiques si ce n’est les deux à la fois.
On ne peut évacuer l’homme dans son intégrité et intégralité au profit justement du Profit , transformé  en « science » ,érigé en dogme, jusqu’au fanatisme aveugle, jusqu’au déséquilibre total dont tous  in fine ont à payer les conséquences.
Crise morale, crise de sens qui ne pourra se résoudre avec de simples moyens techniques . Car il faudra  d’abord restaurer la confiance  ,   cette  impalpable valeur humaine que nul ne peut acheter .
Cette immense crise de confiance doit donc déboucher sur une crise de conscience, une crise des consciences, qui sachent en tirer la leçon.
Pour se résoudre durablement elle imposera un retour  aux valeurs fondamentales de la démocratie  qui s'enracinent sur les droits de la personne humaine.
Elle imposera ,  par la nécessité même, les règles d’une société humaniste de justice et de sagesse, si nous ne voulons pas comme le disait Jean LASSALLE lors de la Conférence Nationale du Mouvements Démocrate, qu’elle culmine en une troisième guerre mondiale .
Le défi est devant nous face à un modèle de société qui se fragmente comme la banquise à la débâcle et face aux glaces  des pôles qui fondent sous l’effet du réchauffement climatique.
Nous ne pourrons reconstruire que sur le roc des principes pour créer enfin " un modèle de  société humaniste pour le XXIème siècle "  que François BAYROU invite à élaborer, appellant  les  2000 cadres du MoDem réunis à la Mutualité le 26 Octobre dernier à être « un commando de transformation politique » face à une crise  d’ampleur séculaire  qui va démontrer que l’éthique s’impose à la raison même.

 
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