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11/07/2009

Exigence démocrate et fondements éthiques


Ce n’est pas sans malaise que j’entends parler de « rénovation » du Mouvement Démocrate et des intentions de « changer » de son leader en réponse à l’agitation interne qui a suivi les élections Européennes.

En premier lieu ,plutôt que de nécessiter des changements , j’ai l‘impression , de par mes expériences , que le MoDem aurait surtout besoin d’être fidèle à lui-même.
Il a posé des textes fondateurs qui exigent un niveau de vigilance constante. C’est autour de ces valeurs que se sont fédérés nombre de nouveaux venus en politique.
Ce parti s’est à peine structuré dans les difficultés et n‘a même pas réussi à se roder dans une véritable cohésion.
Comme je l’ai dit précédemment le vrai dommage dans les élections Européennes est ce record d’abstention historique.
Le but n’est pas de faire du nombre, du chiffre, du pourcentage mais d’ouvrir un espace d’espoir face au désespoir larvé, à la profonde déception qui mine l’électorat.
Or cette attitude ne concerne pas que le Mouvement Démocrate, elle vise l’ensemble de la classe politique. Elle est grave en soi car comme je l’ai écrit  dans  l'article " Crise de confiance, crise de conscience " : (http://conscience-et-democratie.20minutes-blogs.fr/archiv... ) la confiance est extrêmement fragile. Lorsqu’elle s’est fissurée il est très difficile de la restaurer car il s’agit d’un élément immatériel subtil inhérent à la profondeur, à la conscience de la personne humaine et qu’on ne peut acheter ou réparer avec des moyens matériels.

Les élections Européennes ont été pour moi l’occasion de l’expérience du « terrain ».
Je croyais à priori que ce serait un des aspects les plus difficiles de l’action politique. Bien au contraire , je me suis aperçu que cette expérience très enrichissante est fondamentale pour avoir une vision claire des besoins du citoyen.
Or je dirais que celui-ci a d’abord besoin de confiance.
Il n’était nécessaire ni d’être voyant ni d’être suspendu aux sondages pour pressentir que l’élection allait mal et que l’abstention serait la grande gagnante.
J’ai participé à des opérations de « tractage » autant pour le Mouvement Démocrate que pour le mouvement Européen, association pluraliste issue de la Résistance dont le seul but était d’informer et d’inciter à voter.
Cela a permis une expérience complémentaire .
Et partout j’ai entendu le même complainte : « pour qui voter » « je ne vote plus depuis longtemps » « ils sont tous les mêmes , ça ne change rien » etc…
Tout cela dit avec des nuances allant de la révolte au désespoir en passant par le désenchantement mais signant un repli, un refus de participer à toute action publique avec certitude qu’il n’y aurait aucun moyen par là de peser sur le devenir.
Cela s’appelle en premier lieu l’échec du suffrage universel. Et cela concerne tous les partis, tous les politiciens, même si certains ont pu se réjouir d’être majoritaires d ‘une minorité.C’est regarder l’arbre qui cache la forêt. Car les Français, les citoyens, les électeurs, sont découragés.
Découragés, et inquiets de la marche du monde et de celle de la France. Parce qu’aussi ils ont pris l’habitude de déléguer totalement leurs pouvoirs au point de ne plus se sentir concernés, de ne plus se vivre en maillons actifs d’une démocratie.
Mais leur silence n’est pas une approbation tacite, ils sont souvent très lucides, conscients des impératifs et des dérives mais dans l’impossibilité de croire que telle ou telle formation saura y remédier. Les partis politiques ne peuvent être en deçà des exigences et des espérances citoyennes sous peine de perdre leurs raisons d’être .

Et puis l’Europe. C’est pour elle qu’étaient ces élections et non pour les scores des uns et des autres.
Et c’est elle qui a perdu.Ou plutôt c’est l’idéal qui la sous-tend qui a été oblitéré, asphyxié d’abord par un brouillard bureaucratique, puis par les rivalités politiques.
Mes actions pour le Mouvement Européen ont été les plus révélatrices et les plus décevantes car là il n’y avait aucune ambiguïté possible. Il ne s’agissait pas de proposer une couleur mais de «développer dans le peuple français la prise de conscience de l’Europe et de la communauté de destin des peuples qui la composent ».
Or j’avais pu envisager une certaine indifférence mais pas un désintérêt voulu et parfois un rejet virulent.
J’ai organisé à Menton un stand du Mouvement Européen que j’ai tenu avec ma Présidente départementale pour distribuer des brochures de la commission Européenne.
J’ai pu constater que la majorité des personnes ne souhaitaient même pas être informées alors qu’à l’évidence elles ne connaissaient pas le réel fonctionnement de l’Union.
C’est se retrouver devant un cercle vicieux. Comment des citoyens appelés au suffrage universel peuvent-ils agir pour le développement d’une structure qu’ils connaissent très mal et ne veulent même pas apprendre ?

J’ai eu l’occasion de transmettre ces inquiétudes avant les élections à Pat Cox , ancien Président du parlement Européen et actuel Président International du Mouvement Européen . Faisant partie de la délégation du Mouvement Européen des Alpes Maritimes j’ai eu le plaisir de converser durant tout un déjeuner avec lui. Pat Cox m’a donné une réponse très belle : « toutes les brochures les plus parfaites n’y changeront rien . Les gens ont maintenant besoins de plus d’émotion » Ce qui fait écho à ce que m’ a dit un membre du Bureau National du ME : ‘ « l’Europe à besoin de beaucoup, beaucoup d’amour. »
Amour et émotion sont des antidotes humanistes à une société que la bureaucratie et le mercantilisme déshumanisent de jour en jour jusqu’au rejet et au désespoir des peuples.C’est une société en panne d’idéal, en panne d’espoir qui s’essouffle et a besoin de retrouver du sens.

Le réalisme et le pragmatisme indispensables ne peuvent être la fin mais le moyen sans quoi ils mènent à la stérilité.

En période de crise où l’angoisse du quotidien se fait plus forte, où la pression matérielle s’exacerbe, c’est pourtant le moment de réinsuffler de l’espoir en des valeurs portantes qui méritent efforts et combats faute  de quoi le désespoir ou l’inertie risquent d’ouvrir la porte à un effritement de la démocratie ou à des dérives violentes.

Ce qui est grave dans ce rendez-vous manqué de l’historie, c’est que les peuples d’Europe dans leur ensemble n’aient pas pu voir en cette structure une raison d’espérer, un idéal à préserver et à renforcer , une voie pour leur avenir et celui du monde et qu’on assiste au contraire à ces replis nationalistes et individualistes . Comme ci ceux-là seuls pouvaient préserver des épreuves.
Alors que cette imbrication de crises qui nous confronte appelle à la solidarité, à l’éthique, à retrouver des mesures humaines pour répondre à la complexités des défis qui ne peuvent plus êtres négligés.

Tandis que je tenais un des bureaux de vote de ma commune où j’étais Déléguée de mon parti, j’observais les douze étoiles de l’étendard de l’Europe ondulant au vent. Et je me faisais la réflexion que c’était sans doute un des seuls drapeaux qui ne soit pas éclaboussé de sang, un des rares si ce n’est le seul au nom duquel le sang n’ait jamais coulé.
Les besoins économiques ne peuvent faire oublier ce besoin fondamental qu’est la Paix. Et l’économie elle-même ne peut se passer de Paix.
Et lorsque dans la Mairie de ma commune j’ai entendu les premiers résultats et l’importance de l’abstention ma première pensée a été pour Robert SCHUMAN .
Parce que la crise économique avait engendré le plus monstrueux des nationalismes, la barbarie et un conflit mondial des hommes de paix avaient juré « plus jamais cela » . Le génie de Robert SCHUMAN fut d’utiliser le pragmatisme pour servir l’idéal. Le charbon et l’acier furent le moyen mais le Paix était le but.

Il en est de même en politique, le parti est le moyen et non le but. Le but est la défense des valeurs fondatrices d’une société permettant le réel épanouissement de ses membres .
La structure organisationnelle est fondamentale. Mais la vigilance constante au jour le jour l’est tout autant sinon plus.
Je pense personnellement que si le MoDem n’a pas réalisé un bon score ,(tout comme la politique en général est discréditée) c’est qu’il n’a pas su prouver au jour le jour qu’il incarnait ce qu’il prône. La remise en question de ce parti, comme de toute la classe politique, doit aller bien au-delà du structurel si la politique elle-même veut retrouver sa mission fondamentale . Si elle veut redonner espoir et entraîner les citoyens vers une vigilance constante, vers un développement des consciences.

Le Paix et la démocratie ne sont pas des acquis définitifs.Ils se cultivent au jour le jour, ils sont un combat de tous les instants pour ne pas les voir rogner ou se rompre.
Le bien être humain ne peut s’en passer et si les solutions pratiques immédiates doivent être mises en œuvres pour palier aux urgences sociales, financières, environnementales, dans le même temps le fondement éthique qui seul pourra répondre réellement , durablement et en profondeur à ces problèmes doit être constamment retrouvé.
Telle devrait être la priorité et la constante vigilance Démocrate.

 
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