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21/10/2009

Urgence Démocrate

 

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Parlement Européenn Strasbourg. 16 Octobre 2009

Journées de l'Université d'Automne du Mouvement Européen France "l'Europe état d'urgence ?"


Être cadre politique n’autorise pas seulement à se poser des questions mais en donne le devoir.
Parce que nous sommes amenés à être la courroie de transmission du parti à l’électeur jusqu’au pied des urnes. À être au contact direct de ceux à qui le parti s’adresse, à qui il doit donner réponses et espérances.
Il n’est pas facile d’être nouveau en politique d’en découvrir rapidement les contraintes, les limitations, les voies détournées à emprunter pour arriver au but.
Mais peut-être est-ce une richesse. Car avoir franchi le pas permet de se sentir  plus proche et de mieux comprendre ceux qui éprouvent méfiance voire  rejet de la politique . Il faut avoir fait ce chemin jusqu’à la prise de conscience que cette voie est indispensable, incontournable, pour construire
le tissu d’une société, d’une civilisation et que plutôt  que de s’en détourner il faut travailler chacun, individuellement  ou en groupe à la faire revenir à ce qu’ellen’aurait jamais dû cesser d’être ou plutôt à la faire revenir à ce qu’elle a mission d’être. Afin de ne plus en être déçus, d’y voir une espérance.
Il est précieux de conserver la critique aiguisée par des années de réticence car les hommes politiques, à force de vivre dans leurs cercles, voire leurs oligarchies, sont tellement imprégnés d’un système qu’ils ne le voient même plus, en usent , en abusent , en jouent souvent comme s’il  était inéluctable et non produit d’un consensus .Pendant ce temps  , le citoyen électeur se replie, s’écarte et perd son sens et sa mission de maillon démocratique.

Curieusement les circonstances de la vie vous obligent parfois au recul comme pour  décanter, pondérer, admettre qu’il faut donner priorité à l’efficacité face aux crises de toutes nature.
Le recul forcé que je viens de vivre n’a pas émoussé ma vigilance pour le Mouvement Démocrate, pour la France, pour le monde.
À l’heure des alarmes à tout niveau, social , économique,  environnemental, l’inertie et le découragement citoyen constituent une alarme supplémentaire d’autant que c’est un symptôme qui ne se limite pas à notre pays.

François BAYROU pour notre parti, a dû longuement méditer au pied des Pyrénées après les élections Européennes.
Sa main tendue à la gauche pose questions et n’a pas manqué d’être   abondamment exploitée.
Elle suscite des réactions vives chez certains de ses électeurs ,ce qui est plus inquiétant.

Il n’en reste pas moins que la démocratie, par essence, exige une force d’opposition.
Or jamais  le paysage politique n’a semblé aussi brouillé dans notre pays   .
L’électeur déjà méfiant, désabusé , ou désespéré  n’y trouvant plus  ses repères traditionnels risque de s’en désintéresser encore plus.
Trois «  centres «  ou à peu près, une gauche en conflit, une droite qui semble à la fois se radicaliser et  se diviser, l’écologie qui sert de valeur-refuge, mais devient une force politique avec les mêmes méthodes que les autres partis.
Nous devions, nous devons fonder un grand parti de démocrates humanistes et Européens, faisant du développement durable une priorité, ouvert aux uns comme aux autres.
Qu’en sera-t-il pour les gaullistes, les déçus de l’UMP confrontés  à l’évolution  de leur parti  au service d’un pouvoir  qui se resserre et se découvre de jour en jour ?

De jour en jour des événements sont autant de signaux d’alerte pour notre vigilance démocrate.
Un procès qui prend des allures de procès politique et qui a été pris en otage par les medias.
La présomption d’innocence bafouée, d’abord par un procureur puis, pour la deuxième fois par le Président de la République.
Des principes fondamentaux conquis dans la souffrance en 1789. Mais pas de vraie réaction en profondeur de la classe politique qui semble trop souvent  ne s’intéresser aux principes que de manière ponctuelle et utilitaire.
Or un principe transcende tout contexte , concerne  tout  le monde, et se doit, par définition de s’appliquer à tout parce que nous sommes en république et que notre devise est  :
la Liberté, l’Egalité , la Fraternité

Et que c’est cette devise que doit servir la Justice .

Durant l’Université de Rentrée   2008 du Mouvement Démocrate Corinne LEPAGE, avocate et Vice-présidente  du MoDem proclamait que la justice  était «  en loques »  .
Ceux qui en France ont été amenés à y faire appel ont dû découvrir avec amertume qu’elle  semble parfois servir des réseaux de puissance ou d’argent et non l’homme dans son intégrité, égal devant la loi. Ceux qui ont été contraints de le découvrir  à leur détriment, n’en ayant pas eu satisfaction, se sont sentis lésés bien au-delà du plan matériel , dépossédés d’un bien moral.
Des Egyptien  aux Grecs , de Maat à Themis les peuples antiques avaient divinisé cette haute fonction de l’esprit, ce besoin fondamental de l’homme qu’il éprouve dès la tendre enfance et qui est indispensable à la vie sociale. En la matière chaque entaille individuelle ou générale sape le fondement démocratique. Ce piller central fragilisé, c’est le pilier de la République qui vacille.


Cumul des mandats , accumulation  de pouvoir, collusion de pouvoir politique et financier, rassemblement de la puissance dans  les mains de quelques « élites » d’un réseau,  voire d’une famille.
Déferlement médiatique et pouvoir de l’image sur les consciences.
Bombardés, martelés, entournés ,  comment les citoyens  saturés peuvent-ils s’y retrouver ?
Démêler le vrai du faux, l’objectif du subjectif,l’orienté du loyal est une tâche en soi alors que le quotidien se fait de plus en plus pressant.

Doute sur la justice, doute sur l’information, doute sur les politiques et le pouvoir, autant de facteurs de démobilisation, de désorientation .
Alors que pourtant jamais la mobilisation n’a été aussi nécessaire puisque c’est le monde entier qui est en crise à tous les niveaux.

En attendant des solutions nationales, le renforcement de l’Europe semble plus que jamais vital.
C’est dans cet esprit que je viens de participer à Strasbourg à l’Université d’Automne du Mouvement Européen France dont je suis membre du Conseil National.
Pourtant là aussi bien des inquiétudes pointent, la crise renforce les nationalismes au nom des intérêts économiques fragilisant cet indispensable pôle de solidarité et de stabilité dans un monde  explosif en mutations accélérées.
J’ai eu le plaisir de remercier  le Sénateur Denis BADRÉ  Vice-président du Mouvement Européen –mais aussi  membre du bureau exécutif du MoDem- qui a  comblé mon attente en appellant à une Europe de paix qui retrouve son idéal et son souffle et s’oriente vers l’aide au développement des pays pauvres, meilleur moyen de freiner les flux migratoires.
Malheureusement en   me promenant autour de la cathédrale de Strasbourg j’ai vite été rappelée à la réalité brutale. Des corps inertes roulés dans des duvets , en pleine journée, sous le faible abri de porches ou d’arcades. Des vies humaines stérilisées, verrouillées par le dénuement total qui dans nos sociétés signe l’exclusion. Les gouvernements  passent , l’ Europe du XXI ème siècle se bâtit mais dans toutes nos villes et y compris celle qui symbolise cette grande édification pacifique cette détresse demeure , laissée à elle-même . À la suite de quelle injustice ? De quelle défaillance de la société qui peut précipiter  un individu du jour au lendemain  dans cette inacceptable indigence parfois seulement parce qu’il est victime d’instincts prédateurs  qui l’ont dépouillé et que la justice n’a pas  rempli sa mission.
Une société humaniste  qui mette l’homme et son épanouissement au Centre ne peut par essence tolérer cette dérive. Car l’autre c’est l’homme, avec tout son potentiel et  en admettant de voir cet autre dégradé c’est nous même, dans notre essence que nous laissons dégrader.
Cruel  paradoxe de confronter encore cet état de fait si banalisé après avoir visité le Parlement Européen, sous la bannière aux douze  étoiles, symbole de la perfection.
En dépit de grandes avancées , de progrès remarquables ces corps recroquevillés  sous des duvets dans nos rues  en contradiction des convention des droits de l’homme  , nous montrent les graves lacunes de nos démocraties.
Ici ou  plus loin de nous cette masse de souffrance grandissante avec un milliard  d’humains taraudés par la faim dans le monde est une clameur silencieuse géante qui défie nos sociétés confrontées à une crise économique par abus de spéculation.
Nous ne pourrons pas échapper aux impératifs matériels et moraux car aucun équilibre ne se trouvera sans leur donner priorité dans un monde aux interrelations d’autant plus explosives qu’elles se répercutent immédiatement sur notre environnement terrestre.
Dans un monde où les phénomènes et les mutations sont en  accélération croissante au point que nombres d ‘entre eux nous échappent ou nous dépassent.

Ayant exposé au Symposium International de l’Eau à  Cannes  en juillet dernier, j’ai assisté à une conférence de Michel Serres autour de son livre « le Mal propre, polluer pour s’approprier ? » *qu’il dédicaçait.
J’ai pu lui demander s’il était optimiste ou pessimiste ce à) quoi il m’a répondu que cela fluctuait selon les  jours.
Au cours de sa conférence, le philosophe a mis en lumière quelques-unes des mutations spectaculaires de notre temps.
La régression de l’activité paysanne, avec en France un abaissement depuis les années 1960-70 à 2% . C’est pour Michel Serres une grande rupture d’un activité humaine à l’oeuvre depuis 10000 ans, depuis le néolithique.
En parallèle nombre de fleuves ne parviennent plus à se jeter dans la mer car ils sont détournés en amont par les activités humaines d’où des bouleversements  écologiques.
Des mutations positives pour nos vies aussi en ce qui concerne la régression de la souffrance et l’allongement de la durée de vie( mais qui posent aussi des problèmes) .
Des faits impensables encore au 19ème siècle ou au début du XXème et qui sont dus aux progrès humains.
Mais là encore il faut relativiser car ces constats du philosophe ne valent que pour les pays développés puisque la majorité des humains du globe n’atteignent pas à cette qualité de vie.

Dominique de Villepin  a sorti récemment  un essai magistral «  la Cité des Hommes »* sur la crise planétaire et les défis qui menacent l’humanité.
Scrutant et analysant dans  ses moindres  détails ce grand tournant de l’histoire humaine, il en ausculte les causes et les potentiels  positifs ou négatifs .Partout cherchant des solutions pour le bien commun, dans un esprit de partage,  de solidarité éclairé par la  tolérance, le dialogue des culture «  la polyphonie du monde » , et la raison autour du  pilier central d’une Justice planétaire.
Idéaliste réaliste, il propose une approche révolutionnaire constructive pour l’avènement d’une nouvelle  Renaissance , d’une nouvelle ère .

Autant de constats et de voix éminentes pour nous confirmer que la politique ne peut plus vivre en microcosme. Elle doit être le relais d’une politique générale à l’échelle du globe, des besoins de la terre  et de ses habitants en raison même  de la réciprocité  des interactions que l’étude de l’environnement nous apprend.
La survie de nos sociétés mais aussi de la planète et donc de notre espèces nous l’impose.
C’est ce qu’ont compris les citoyens  et la raison pour laquelle il se retournent vers les partis écologiques .
C’est sans doute aussi ce qui explique l’essoufflement des partis politiques qui patinent dans les ornières  anciennes et n’ont pas encore réussi à se mettre en phase avec l’accélération de ces mutations.
Il y a donc beaucoup à construire ou reconstruire à travers une démarche politique renouant avec sa vraie vocation  pour relever les défis nationaux et internationaux qui nous imposent  pour y réussir d’être à la hauteur de nous-même.
Et de fonder la société humaniste du XXIème siècle, la «  Cité des hommes «  de notre planète.

* Michel SERRES : Le Mal propre - Editions Le Pommier
* Dominique de Villepin : La Cité des Hommes - Plon

 
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