Avertir le modérateur

18/12/2009

L’odeur de l’argent



L’argent , on le sait, « n’a pas d’odeur » . cette expression banalisée, éculée , peut se décrypter à plusieurs niveaux qui concentrent la problématique de la crise sociétale qui nous confronte.

L’argent devrait être effectivement sans odeur et sans saveur. Intelligente invention pour remplacer le troc il ne devait , ne devrait être qu’un moyen, un outil neutre permettant de faciliter les échanges commerciaux entre les hommes.
Par ses différentes devises ,il s’est bien sur coloré de nationalismes ce qui déjà, lui a donné une lourde charge. Mais bien plus il est devenu dans notre époque le pivot central, la pierre de touche de toute notre organisation sociale, s’est graduellement érigé comme valeur principale, comme référence, comme but et comme moyen confondus, comme science , comme fondement même de notre société. Pour ne pas dire comme religion avec ses dérives intégristes et ses fièvres…
La crise financière qui le frappe nous le confirme, notre mode actuel en est totalement dépendant.

Et dans tous les esprits, que cela soit chez les classes les plus défavorisées ou les plus fortunées, il s’est imposé subrepticement et règne central,dépassant le simple moyen nécessaire, l’outil , pour devenir un but, une référence, une valeur intrinsèque qui définirait l’individu.
Le développement médiatique a participé de son emprise sur nos consciences.
A travers les medias et notamment une certaine presse dite « people » ,qui s’est développée relativement récemment , la mise en valeur des individus et donc l’admiration qui leur est portée, est principalement corollaire de leur niveau de fortune qui s’imbrique si étroitement à leur célébrité qu’il devient difficile d’en faire le départ.
Si bien que graduellement la qualité d’un être tend à s’imposer comme dépendant de sa « surface » financière au détriment de valeurs humaines qui non seulement n’y sont pas liées mais peuvent lui être étrangères .

Constamment la valeur pécuniaire des choses ou des êtres crée un filtre qui influence le jugement sur leur appréciation.
Par les lois du marché , la reconnaissance du talent, notamment dans le domaine artistique, est actuellement le plus souvent liée à la valeur marchande qui a pu être imposée par des techniques de marketing et qui peuvent ne pas refléter la réelle qualité artistique d’une œuvre.

Certes la richesse et le pouvoir ont toujours été liés mais le talent et sa reconnaissance , même par les grands et les princes , n’était pas systématiquement précédé par sa valeur marchande.

De nombreuses familles voient leur nom s’imposer en rapport avec leur degré de fortune qui est censé être lié à l’honorabilité et en tout cas à un poids social qui n’est pas forcément en rapport avec les qualités des individus qui les composent et qui paradoxalement, sur le plan humain , peuvent être dépourvus de qualités qui enrichissent moralement des individus peu fortunés sur le plan financier ( courage , loyauté, générosité, intelligence, talent, capacité d’action etc)
A contrario le manque ou la perte d’argent signe l’exclusion parfois jusque sur le trottoir et cela quelle que puisse être la valeur intérieure de l’individu qu’elle frappe.
Cette sorte de déférence qui s’est graduellement voire subrepticement imposée dans les esprits au regard de la richesse et de l’argent est un symptôme d’une dérive de nos sociétés axées sur « l’argent roi » comme le stigmatise François Bayrou.
Il s’agit d’un renversement de valeur en contradiction avec une aspiration humaniste et démocratique qui devrait au contraire reconnaître la plénitude des qualités humaines indépendamment des critères purement financiers ou marchands.

La crise financière qui bouleverse nos sociétés actuellement s’enracine psychologiquement dans les critères de valeurs de celles-ci qui conditionnent les individus .
Or le développement de la spéculation à outrance, en s’éloignant de la réalité de notre nature et en érigeant l’argent comme but et non plus comme moyen , réussit à provoquer de graves déstabilisations matérielles qui démontrent, tant sur le plan moral que pratique, que cela ne peut être une direction d’équilibre et de justice pour nos sociétés. Mais qu’il s’agit d’une fièvre, d’une dérive, qui entraîne des individus dans une quête virtuelle d’un égoïsme aveugle et qui finit par être dangereuse pour la survie de nos sociétés, de l’homme et enfin de la planète elle-même.
Je tiens d’une source fiable qui a accès à des sphères de pouvoir au Luxembourg que des analyses ont révélé que les eaux du Rhin en aval de la place financière de Frankfurt et après traitement, contenaient encore des taux importants de cocaïne.
Plus récemment la presse a révélé que des acteurs des milieux bancaires ou boursiers étaient soignés pour intoxication à la cocaïne dans les hôpitaux Genevois .
Un professeur d’économie Uruguayen qui connaît bien les milieux financiers aux USA m’a dit que la crise financière avait déclenché des suicides en série dans ses élites qui ne pouvaient faire face à l’effondrement de leur monde et de leur fortune.
Ce qui démontre que l’homme s’est enfermé dans une quête pratiquement pathologique pour un élément à la fois matériel et immatériel qu’il a lui-même chargé d’une énorme force symbolique ( réussite, puissance, bonheur etc) et que les acteurs de ce jeu dangereux vivent dans une telle pression qu’ils doivent avoir recours à des substances hypnotiques pour assumer les manipulations des flux financiers.
Cet emballement de nos sociétés à travers la fièvre de quelques esprits qui contaminent tous les autres et qui s’imposent à notre quotidien prend d’autant plus de poids que nous sommes confrontés à une situation humaine et écologique sans précédent.
A l’heure de la mobilisation contre le réchauffement climatique il faut entendre que tout retard dans la mise en œuvre de mesures réduisant le cO2 va coûter 500 milliards de $ par année perdue.
C’est certes alarmant pour l’économie.
Mais combien de vies humaines, d’espèces en voie de disparition, d’êtres vivants non évaluables « financièrement » risquent-ils d’en être atteints ?
Et comment parviendrons-nous à résoudre une crise qui concerne le vivant sous toutes ses formes, qui dépend de lois subtiles qui ne proviennent pas de cet instrument de notre invention qu’est l’argent ,pour redresser à temps les choses ?
Avec des valeurs humaines immatérielles et universelles que sont : la sagesse, le bon sens, la solidarité, la justice, l’équité, l’écoute.
Des valeurs qui s’imposent préalablement à tout système humains, sociale et donc économique. Des valeurs qui s’imposent à nous par la raison même .
Et qui doivent redonner à l’argent son rôle d’outil sans que son « odeur » enivre jusqu’à la fièvre de la démesure.

Enfin il y a une odeur plus lourde encore à l’argent, celle de « l’argent sale ».
J’ai récemment entendu parler dans un milieu autorisé à Paris de l’argent de la maffia sicilienne qui représente une part non négligeable du PIB d’un des principaux pays d’Europe et qu’on retrouve un peu partout dans nos sociétés où il pèse d’un poids toxique .
Il est évident qu’avec les systèmes d’écrans actuels il doit inévitablement y avoir collusion entre les flux d’argent dits « propres » et ceux provenant de la drogue, du crime ou de tout autre trafic et qui s’infiltrent dans notre tissu social . Et donc que nos économies sont vulnérables à ces flux qui participent du système .

Par ailleurs une bonne part de l’argent qui circule matérialise également l’écart gigantesque qui s’est creusé entre les classes laborieuses et patronales qui étaient de 1 à 10 du temps d’ Henry FORD pour être passé de 1 à 6 à 700 plus récemment . Une véritable régression au profit d’une déification de l’argent concentré de plus en plus dans les mêmes mains et qui
semble une véritable bombe à retardement sociale prête à exploser si la situation continue d’aller dans ce sens.
Avec l’exploitation des pays pauvres par des multinationales tentaculaires, des courses au profit de plus en plus dures où tous les coups semblent permis, le développement de techniques prédatrices et de mainmises qui n’ont rien à voir avec l’idée d’une libre concurrence, l’exploitation brutale des ressources naturelles , l’argent a pris de plus en plus « d’odeur » : celle de la souffrance, de la pauvreté , de l’injustice mais aussi de la faim et de la souillure ou du pillage de notre planète.
Cruel paradoxe alors que les avancées techniques, technologiques, scientifiques pourraient apporter de plus en plus de bien être aux humains , celles-ci ne cessent d’être entravées par une soif de profit déséquilibrée .
Et qui engendre des situations explosives et malsaines car l’injustice ne pourra éternellement s’imposer tout comme l’environnement ne pourra attendre encore pour être enfin géré avec respect et sagesse.

Contre cette odeur de l’argent qui altère toutes nos avancées humaines jusqu’à hypothéquer notre avenir il ne pourra être opposé qu’un retour à des fondements éthiques qui redonnent un équilibre que notre survie même nous impose.

Mais cela implique un changement de paradigme complet pour rétablir cet équilibre que notre planète elle-même nous dicte tant nos sociétés sont orientées et infiltrées par cette suprématie de l’argent comme référence première , tant les esprits à tous niveaux en sont imprégnés.

Il est trouvé normal par exemple dans les couches populaires qu’un footballeur vedette du Real Madrid touche à l’heure l’équivalent du salaire mensuel d’un travailleur qui peut faire un métier physiquement très éprouvant. Le « talent » ainsi rémunéré d’un sportif professionnel pratiquant un sport populaire le propulse dans les réseaux de l’argent, et les sphères dites « people » , bien au-delà de certains chercheurs scientifiques dont les travaux peuvent aboutir à sauver des milliers de vies.
Paradoxe qui ne remet pas le sport en question mais son assujettissement à l’argent .

Dans le même temps la politique elle-même est devenue plus que jamais dépendante de l’argent et l’élection du Président OBAMA , premier Président noir dans l’histoire de l’Amérique s’est faite au prix de la campagne la plus coûteuse des USA .
Il est antinomique qu’une élection démocratique dépende d’importants investissements financiers. Et cela pose obligatoirement des questions quant à la réelle indépendance de tout pouvoir démocratique face au pouvoir qui domine le monde sur le plan matériel mais également psychique : celui de l’argent.

Seul un changement profond dans les consciences permettra de remettre les pendules à l’heure, de remettre l’argent au service de l’homme et non plus l’inverse pour parvenir à cet équilibre social , à cette démocratie mondiale véritable qui s’impose à nous pour trouver de réelles solutions à l’imbrication de crises qui nous confronte.

La planète en nous dictant de nouveaux modes de vies ,qui sont aussi conditions de survie , nous appelle à travers la grave crise environnementale , à nos interroger sur la vraie nature des choses puisqu’elle exige le respect de lois d’équilibres naturels dont nous provenons .
Nous sommes au pied de nous -même.
Notre espèce ,douée de raison, va-t-elle hypothéquer complètement son avenir au non d’un système dans lequel elle s’est elle-même enfermée ou va-t-elle frayer de nouvelles pistes pour construire un monde à l’image de la plénitude des facultés humaines ?

Commentaires

Merci pour ce point de vue fort intéressant !
Gael

Écrit par : danger santé | 19/12/2009

Mais qui crée l'argent ?
Est on sûr que sa création est bien démocratique ?

http://www.fauxmonnayeurs.org/

Écrit par : fwed | 01/03/2010

Elle n'a pas d'odeur, mais elle a des impacts. La politique est devenu péjoratif comme le terme de bon communiquant. Les jeunes s'interessent dufféremment a la politique, et attendent qu'en fin on s'interesse a eux
Je pense que les jeunes n'ont pas pris conscience de l'importance des régionales.

Mais la colère gronde. Il y a beucoup de point de discorde concernant cette politique ultra libérale qui détruit les tissus sociaux.

Dans l'éducation, il y a la loi LRU, mais aussi les crédits impots recherches dont les seuls bénéficiaires sont les banques et assurances et qui s'est révélé déficient.
J'ai engagé une discution sur mon blog suite au débat que j'ai suivi avec l'Europe Ecologie et le syndicat étudiant UNEF. J'ai déjà de nombreux échos. Et ici s'est pareille

Si l'on regarde la santé, la fonction publique. J'appel a une insurrection des consciences et a aller montrer la colère aux gouvernements

Écrit par : une anarchiste | 09/03/2010

Regarder si les jeunes ne s'interessent pas à la politique : Services publics, arrêtons le massacre ! Communiqué de presse confédéral du 19 janvier 2010 ( source CNT Confédération Syndicale du Travail)

lA CRISE PROVOQUER PAR DES DECISIONS CAPITALISME DE RENFLOUER LES BANQUES ET LES INSTITUTIONS FINANCIERES SUR LE DOS DES TRAVAILLEURS ET DES ETUDIANTS PAUVRES ET DES CHOMEURS.
Le résultat de la dette, et cela l'état le dit moins, s'est le résultats d'une politique de baisse de la fiscalité pour les grosses multinationales. C'est cela de moins pour les caisses de l'état et pour une politique socialisée et égalitaire.

Contre ces régressions réunissons-nous en Assemblées Générales sur nos lieux de travail. La lutte ne s’arrête pas à une seule journée pour faire plier ce gouvernement. NI DIEUX, NI MAITRE, NI PATRON

Écrit par : une anarchiste | 09/03/2010

Droite / Gauche même combat. rappelez la déclaration de Claude Allègre a propos de la fonction publique : En plus de sa phrase « il faut dégraisser le mammouth » qui sera l'emblème du conflit avec les enseignants en 1997, Claude Allègre provoque par ses propos sur le GIEC ( il a tout faut
Ou alors de l'actuel Président du FMI. Je veux parler de Dominique Strauss-Kahn, représentant les sociaux démocrate, pour ne pas dire un libéral.

Les jeunes ont besoins d'une alternative crédible qui prenne en compte leur espérance et leur attente

Écrit par : Citoyenactif | 09/03/2010

En voilà d'un point de vue constructif, j'adore. J'attends avec impatience la suite ! Paola :)

Écrit par : devis photovoltaique | 02/04/2010

J'approuve

Écrit par : poker | 02/04/2010

Regarder si les jeunes ne s'interessent pas à la politique : Services publics, arrêtons le massacre ! Communiqué de presse confédéral du 19 janvier 2010 ( source CNT Confédération Syndicale du Travail)

Écrit par : Devis travaux solaire | 29/06/2010

Completement d'accord avec ca

Écrit par : poker | 12/07/2010

Excellent point de vue, merci pour cet article

Écrit par : petites annonces | 18/07/2010

Merci pour toutes ces infos.

Écrit par : rio bouygues | 27/06/2011

Tout à fait d'accord !

Écrit par : iledere | 04/07/2011

bonjour chez nous en afrique,pour avoir de l'agent,il faut que tu parte chez un marabout, pour qu'il te desenvoute des attachements.je me demamde si ses pratique respecte la concience de l'argent. l'agent est la clé du monde et du bonheur,c'est clair.mais je me demande une chose, dans notre societe tu n'as pas l'argent,tu n'est pas considere.meme par ta propre famille.

Écrit par : TOURE GNEGNERI | 21/08/2012

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu