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14/04/2010

Le point de non retour ?


Entre les deux tours des élections régionales j’ai dû aller en Italie voisine.
Je me suis retrouvée face à des panneaux électoraux : ils étaient eux aussi en pleine campagne pour les régionales .
Passer l’invisible ligne de frontière pour me retrouver devant la même débauche d’affiches, avec les mêmes postures appuyées de slogans dans une langue sœur donnait une curieuse sensation de jeux de miroirs.Là-bas c’est la « liberta » qui est à la mode. « avec Berlusconi « per la liberta »… On peut imaginer que cela ne convainc pas tout le monde…
L’écologie, comme chez nous est plutôt « a sinistra, » a gauche, rouge-vert.
Regarder tous ces politiciens trônant sur leurs somptueuses affiches entre les palmiers après les nôtres, justes de l’autre côté, m’a fait soudain mieux comprendre la lassitude des citoyens. Qui ont l’impression d’avoir à faire à un monde qui tourne en circuit fermé, coupé de leur quotidien, dans une sorte de jeu théâtral. Si bien qu’ils ont décidé que cela ne les concernait pas vraiment . À ceux-là les postes, les élections, les affiches, les rémunérations, les trains de vies et privilèges ; à nous la vie et ses combats quotidiens.
J’ai retrouvé ensuite une charmante jeune pharmacienne avec laquelle j’ai eu une riche conversation en Français , gracieusement émaillée de la langue de Dante.
Comme les Français les Italiens n’y croient plus. L’abstention monte. Elle monte parce que ces personnages sur les affiches ont perdu leur crédibilité.
D’abord on pense qu’ils sont surtout occupés d’eux –mêmes et de leurs appétits et très peu, trop peu de ceux et de ce pourquoi il seraient sensés se faire élire ou réélire.
Mon interlocutrice a une solution radicale : que les politiciens de tous bords tentent de vivre un mois avec miles euros. J’ai pensé que l’expérience serait trop courte pour être instructive, elle est convaincue qu’ils ne tiendraient pas trois jours…
Pour ma pharmacienne tout cela lui semble dépassé. D’un autre âge.
Le monde a changé, évolue à une rapidité fulgurante. Ce qui se passe d’un bout à l’autre de la planète nous concerne tous , membres d’une même communauté humaine.
Alors cette approche de la politique est périmée . C’est « un point de non retour ». Elle le sent profondément. Il faut inventer autre chose. Frayer de nouvelles pistes en phase avec notre époque et ses enjeux inédits.
Je lui ai dit qu’il me semblait que le problème des partis politiques actuels c’est qu’ils étaient désormais en retard sur la conscience citoyenne.
Elle en était absolument d’accord. Tout comme cette communauté de vision renforçait, pour elle et moi notre appartenance à l’Europe qui nous enrichit des ces échanges entre peuples et cultures proches.

Cette petite plongée chez nos voisins transalpins a encore renforcé mon impression.
Ma pharmacienne a raison . Nous avons atteint un point de bascule. De « non retour ».
Les électeurs le sentent et le montrent en boudant les urnes.
Les partis politiques en France sont en pleine effervescence, ou en désarroi, sentant que les choses leur échappent.
Ils sont en pleine décomposition et pas encore en recomposition.
On sent comme un vent de panique.
L’échéance de 2012 est certes l’enjeu principal avoué.
Mais derrière il y a bien d’autres angoisses ou interrogations auxquelles chacun essaye d’apporter remède. Et  on retrouve petit à petit les mêmes discours chez les uns et les autres qui se surveillent et rivalisent pour la reconquête de ce cher électorat.
Nous allons finalement devoir réaliser qu’il nous faut vraiment reconstruire la démocratie si nous voulons pouvoir relever les défis nationaux qui sont immanquablement dépendants des défis mondiaux.
C’est-à-dire retrouver la réalité de nos fondements républicains….
Jusque dans la classe politique. Sortir des dérives néo-féodales qui se sont lentement mais sûrement installées.
Cela demandera la remise en question de toute la classe politique.
Et donc beaucoup de temps. Sauf si les évènements nationaux ou internationaux précipitent les choses en, nous mettant au pied du mur.
Ce que l’Histoire sait faire.

Le Mouvement Démocrate a espéré œuvrer à ce nécessaire renouveau politique.
Depuis sa fondation il est évident qu’il a été entravé ou déstabilisé . Pour cette raison même.
Mais puisque François BAYROU n’ a pas hésité à le dire , oui les divisons internes lui ont coûté très cher.
Peut-on croire qu’elles ne seraient que le jeu d’agents extérieurs.
Malheureusement non. Elles ont surtout révélé la difficulté à changer , sortir des ornières , sortir du jeu habituel d’appétits et de rivalités, de dominations et de frictions pour se concentrer solidairement et efficacement sur les vrais enjeux.

Après les Européennes j’avais déjà dit mon malaise aux intentions de « rénovation » d’un parti à peine structuré .(  http://conscience-et-democratie.20minutes-blogs.fr/archiv...l) La suite a prouvé qu’il s’agissait d’un cautère sur une jambe de bois.
Il serait vain de limiter son échec à une difficulté de positionnement face au bi-partisme gauche/droite.
Certes les électeurs eux-mêmes ont du mal à appréhender ce discours et à transcender ces clivages auxquels on les a conditionnés.
Mais ils y arrivent d’autant moins que ce parti n’a pas réussi à faire entendre cette « voix singulière » que François BAYROU souhaitait.

Il n’y arrive pas tout simplement parce qu‘il n’a pas lui-même été capable de parler d’une seule voix.Il n’a pas su , comme je l’écrivais en juin dernier, s’armer d’une vigilance constante pour se rassembler autour de ses valeurs fondatrices
Il n’ a pas su construire en interne ce qu’il voulait proposer à la nation.
Il ne l’a pas su vraisemblablement parce que tous ne marchaient pas en son sein dans une même direction et qu’il y avait encore pas mal d’immaturité.
C’est très regrettable.
Car il y a urgence pour la France à trouver une nouvelle voie et une voix renouvelée.
C’est dommage aussi pour les énergies engagées et les enthousiasmes déçus.
Mais n’est-ce pas ainsi par tâtonnements que les choses avancent ?
Nous sommes devant des situations inédites, nous devons trouver de nouvelles réponses à de nouveaux problèmes qui ne s’étaient jamais posés.
Leur trouver des réponses adéquates en politique.
Il est peu probable qu’un seul parti y parvienne.
La démocratie c’est, ce serait, le dialogue et le respect mutuel, la priorité donnée aux urgences qui taraudent notre société.
Cela dépasserait de très loin les frictions, les conflits, les divisions.
À l’intérieur comme à l’extérieur des partis politiques.
Il va falloir ré-invenr une politique du dialogue et de l’écoute et non plus de la course à l’élection à grand renfort de communication.
Un politique où le citoyen se retrouve concerné.
Car lui aussi doit se remettre en question. Si l’on peut comprendre sa lassitude ou son écoeurement de certaines pratiques, il porte sa part de responsabilité dans son désinvestissement de la vie démocratique.
Il faut parvenir à rompre ces cercles vicieux qui tournent sur eux-mêmes et en parallèle.
Il faudra beaucoup de volonté, de courage et de ténacité.

Mais aurons-nous le choix ?

Si nous voulons conserver nos droits, nos libertés, la paix et la démocratie ,nous n’aurons pas d’autre chemin .

Commentaires

Oh comme je suis d'accord avec ton analyse !
Beaucoup de militants démocrates pensent comme nous !
A force de vouloir faire le vide autour de lui, les personnalités, les militant idéalistes comme nous, FB va vers sa propre perte, sa propre tombe !
Amitiés !

Écrit par : Fil Vert | 14/04/2010

Assez d'accord avec votre billet - même si je n'y lis sans doute pas la même chose que Fil Vert !

Écrit par : FrédéricLN | 14/04/2010

PRECISION :

Mon propos concernant le Mouvement Démocrate ne visait pas François BAYROU.
Il s’agissait d’un constat, que ce dernier a lui-même fait, au sujet des problèmes internes d’un mouvement pour lequel il avait mis la barre très haut : porter "à son maximum la conscience et la responsabilité des citoyens " citation de Marc SANGNIER sur la démocratie à laquelle François BAYROU est très attaché.
Ce qui au niveau du Mouvement Démocrate s’appliquerait à tous les cadres et militants avant de pouvoir s’étendre à l’extérieur.
En d’autres termes nécessiterait une vigilance constante de toutes les parties prenantes.

Écrit par : Marie MAYER | 14/04/2010

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