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02/12/2008

La longue marche de la conscience humaniste

Même si tant d’encre et d’images ont coulé depuis l’élection du premier Président noir des Etats - Unis, face à un sommet de l’Histoire, il est tentant de vouloir y planter aussi son petit fanion.
Pour qui, comme moi, a passé une partie de son enfance dans une Amérique encore structurée par la ségrégation, l’accession de Barack OBAMA à la Maison Blanche prend un poids inouï.
Quel progrès rapidement tracé dans les consciences pour transcender les préjugés inculqués de génération en génération jusqu’à ce basculement positif .
D’Abraham Lincoln abolissant l’esclavage, au rêve de Martin Luther King devenu martyr de sa lutte non-violente, en passant par tous les gestes symboliques, petits ou grands , anonymes ou célèbres , tous les écrits, toutes les prises de position courageuses, le long chemin d’étape en étape à tracé sa voie avec persévérance pour en arriver à cette élection symbolique.
Le fait est positif en soi , mais il est aussi à prendre comme un encouragement et un espoir qui dit que les luttes ne sont pas vaines, qu’aucun combat n’est inutile.
La mort de Martin Luther King comme celle de Gandhi était pour moi, dans mon adolescence, source de révolte et de désespérance, comme si les hommes de bien étaient inéluctablement voués à la destruction et que ,dans ce monde , les dés étaient pipés.
Même si le prix de leur sang demeure inadmissible et tragique, il est au moins une source d’encouragement de constater que leurs combats, que les combats de tant d’autres, portent finalement des fruits , même s’ils ne sont pas toujours immédiats.
Selon une perception qui n’engage que moi , j’ai vécu la victoire d’OBAMA comme un autre signe fort , générateur d’espoir. Par le fait que celle-ci survient précisément au moment d’une gigantesque crise financière mondiale qui ébranle nos sociétés comme une lame de fond.
Au premier degré, cette crise aura vraisemblablement eu sa part dans la victoire du Sénateur Démocrate de l’Illinois . Mais j’y ai ressenti une sorte de confirmation intime que cette crise était une poussée évolutive, pour un plus grand développement des consciences individuelles, un emmarchement, un basculement vers cette nouvelle ère que beaucoup appellent de leurs vœux ,face à des modèles de sociétés qui débouchent sur de graves impasses sur le plan humain et au niveau de notre environnement planétaire.
Même si son adversaire Mac Cain était réputé nettement plus ouvert que
W .BUSH, la poursuite de la politique des Républicains aurait donné une toute autre tournure aux évènements. C’était craindre la poursuite d’une politique responsable des abus qui ont crée la crise actuelle , c’était craindre que trop de facteurs ne s’enveniment sur la planète dans un climat encore plus tendu par l’avènement du désastre économique. C’était craindre que les situations ne deviennent encore plus complexes .
À l’opposée la victoire d’OBAMA non seulement va donner l’espoir d’un changement, mais elle donne aussi à l’Amérique un tout autre visage face au monde et à sa nouvelle configuration , qui la sort des ornières et des clichés d’un monde Occidental, blanc et impérialiste réveillant les échos des meurtrissures des anciens colonisés, en opposition avec les puissances émergentes du tiers monde.
C’était donc, dans la configuration actuelle, pour beaucoup d’analystes et d’observateurs, la meilleure carte qui puisse se jouer. Et elle a été jouée.
Nous donnant par là une respiration. Et donc une raison d’espérer.
Reste un gigantesque enjeu face auquel un seul homme, si grand soit-il , n’est qu’un grand pion sur l’échiquier.
Or cette crise financière déferle au moment où l’humanité était de plus en plus confrontée aux conséquences de ses agissements sur son environnement et où elle s’activait à prendre des mesures souvent déjà tardives.
Selon un éminent économiste avec qui j’ai récemment discuté au Mouvement Européen , la crise menace ces mesures pour l’environnement ainsi que les activités culturelles.
Pourtant, par son gigantisme et son origine c’est bien notre modèle de société qu’elle remet en question, comme si elle nous mettait au pied du mur pour enfin avoir le courage de changer, le courage de renverser la vapeur, de trouver une voie d’équilibre qui permette l’accomplissement de l’homme, des hommes, sans que cela soit au préjudice d’autres hommes et de la planète.
On s’inquiète du recul de la croissance.
Mais la croissance pour quel sens ?
Nous en sommes venus à trop séparer les phénomènes alors que leur imbrication n’a jamais été aussi complexe, comme un gigantesque « Micado », susceptible de s’effondrer au moindre faux mouvement.
Si la technologie a été tellement désignée comme responsable des dégradation planétaires, n’est-ce pas plutôt les appétits économiques, la course au profit qui l’a orientée vers des voies néfastes ou dangereuses ?
Il n’est donc pas possible, plus possible d’orienter l’économie sans ces impératifs, comme il n’est plus possible de continuer à se désintéresser de ceux à qui il n’est même pas donné une condition humaine digne de ce nom, et qui sont millions sur notre globe.
La nouvelle politique Américaine va s’orienter vers ces facteurs et les valeurs qu’elles impliquent.
Mais pour autant rien ne sera joué car cela va demander des changements considérables de mentalités, que certes les élites intellectuelles de ce grand pays espèrent depuis pas mal de temps, mais qui devront graduellement se répandre dans des modes de vies qui n’y sont pas préparés.
Les Américains sauront-ils passer rapidement de l’ère du gaspillage et du superflu individualiste à l’ère du développement durable et de la conscience planétaire ?
Car ce sont les consciences de chaque citoyen d’Amérique ou du monde qui
sont en jeu pour arriver à trouver une voie d’équilibre humaniste qui redonne du sens à nos sociétés et au progrès technologique.
Nous n’avons jamais eu autant de moyens techniques pour y parvenir et communiquer les informations aux quatre coins du globe.
Mais à l’opposé ces moyens peuvent être retournés pour nuire avec une rapidité et une puissance également unique dans l’histoire de l’humanité.

Cela nous donne la mesure des enjeux, en nous rappelant que chaque combat, chaque geste compte, et que nous ne pouvons pas laisser rogner
les fondements et les valeurs de nos démocraties si nous voulons pouvoir
voir s’instaurer un mode de société plus cohérent.
De la justice à la santé , de la vie sociale à la culture, de la science à l’environnement, le monde n’est fait que d’interrelations que nous ne pouvons négliger. Qui nous imposent une constante vigilance citoyenne et politique.

Face à ces enjeux, le projet Européen, fondé par des vieux peuples expérimentés et qui n’ont pas encore poussé jusqu’à l’impasse le modèle de société à l’Américaine qui a dominé jusqu’à présent , a un rôle majeur à jouer.
Son développement, pourvu qu’il soit réellement en cohérence avec ses valeurs humanistes fondatrices, ne pourra qu’aider l’Amérique et le monde à faire émerger une nouvelle conscience dont notre avenir et celui des générations futures dépend.

 
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