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23/01/2009

Le grand tournant

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Sous les nuées sachons mener nos petites barques à bon port.Au loin luit un horizon plus lumineux.

Que 2009 nous aide à l'atteindre - photo Rachel Sun

 

Au seuil de l’An neuf alors que nous souhaitons formuler vœux et espoirs pour des individus et le monde, nous voici confrontés aux plus grandes interrogations.
Entraînées dans une accélération apparemment inéluctable nos sociétés soudain manquent des pas, trébuchent. Les actions humaines tels des boomerangs envoyés sans  discernements nous rattrapent pour nous mettre en demeure  de re-penser , de remettre en question, de repartir sur d’autres bases après avoir réparé les dégâts.
Nous voici au pied du mur , devant ce qui se présente comme un grand tournant de l’histoire humaine qui nous défie pour  que nous sachions y faire face du mieux de nos facultés.
Notre avenir et celui de la planète sont en jeu.
Nous ne pouvons plus «  pactiser », nous satisfaire « d’à peu près », fermer les yeux.
Face à la crise financière et économique mondiale qui engendre des catastrophes en série , avec déjà l’augmentation du chômage chez nous, nous risquons d’être confrontés à de sérieux problèmes sociaux.
Car cernés par le besoin, acculés, bien des acteurs  auparavant sans problèmes risquent d’êtres tentés de rejoindre des organisations mafieuses ou para mafieuses, ne serait-ce que pour survivre ou faire survire leur famille.
Ceci à l’échelle du monde avec plus ou moins de risques selon les pays .
Mais avec un impact qui nous concernera tous car les réseaux  organisés du crime et du vol sauront profiter et prospérer du désarroi de nos sociétés. Avec  en sus le danger d’ une inflation des actions terroristes.
Sur fond de graves déséquilibres écologiques, avec la majorité des humains du globe déjà privés de l’essentiel , tout déséquilibre supplémentaire  pèse d’autant plus lourd, comme une maladie sur un organisme déjà affaibli.
Si nous ne décidons  pas à faire primer l’éthique d’urgence pour l’avènement d’une société juste, démocratique et équilibrée au niveau planétaire nous risquons d’êtres confrontés à un gigantesque chaos mondial.

Ce choix s’impose à nous par la raison même , au-delà de toute considération morale ,comme je l’écrivais en Mars2008

(http://conscience-et-democratie.20minutes-blogs.fr/archive/2008/03/22/de-l-abstention-citoyenne-a-la-demission-des-politiques.html)

L’heure est donc venue des bilans et des choix, des remises en questions.
Cela ne peut se faire qu’avec probité et gravité, dans un esprit de  solidarité, avec une vision large et enfin prévoyante.

Or à peine François BAYROU a –t-il émis des vœux pleins de sagesse et de pondération , invitant à prendre un nouveau chemin, que s’alignent sur Internet des sarcasmes anonymes visant à édulcorer ou ridiculiser son message . Réactions visiblement téléguidées par un jeu politique en porte- à -faux. Celui-là  même qu’il faut apprendre à changer car il ne peut déboucher que sur la stérilité.

Ce qui semble irriter particulièrement  ses détracteurs,   c’est  la mise en cause d’un « modèle mondial selon lequel on voulait nous faire vivre » et qui s’est écroulé .
C’est pourtant précisément une analyse critique de ce modèle ,qui vient de démontrer sa caducité,qui s’impose à nous car c’est la direction que nous donnerons à nos sociétés qui est tout l’enjeu des années à venir.
Il est objecté que ce modèle ne nous a pas été imposé par la force puisque nous sommes des sociétés démocratiques.
Outre que nos démocraties ont encore fort à faire pour atteindre leur véritable objectif, il y a bien des moyens d’infléchir leurs directions qui vont du conditionnement des consciences par le biais des médias et de la publicité jusqu’aux méthodes de mainmises économiques par les réseaux tentaculaires des multinationales.
Face à ces arsenaux  de plus en plus puissants le libre-arbitre des citoyens et des politiques est devenu de plus en plus  vulnérable. 
Il est vrai cependant que par une fascination générale pour la primauté de l’argent , de la réussite matérielle par n’importe quel moyen, du luxe  et de l’ostentation , nous nous sommes laissés imposer ce modèle  comme idéal avec plus ou moins de degrés de complicité.
Le développement des magazines dits «  people » en est une démonstration puisque ce type de médias suscite la fascination dans tous les niveaux de la société et prospère de cette admiration  tacite pour la réussite matérielle la plus ostentatoire.
Quarante ans avant le crise financière qui ébranle le monde, des jeunes étudiants éruptifs, impulsif, dépavaient  les rues de Paris ,  en révolte contre «  la société de consommation » qui s’installait et qu’ils pensaient  vouloir refuser.
C’était Mai 68. Irruption historique, poussée de fièvre, premiers sursauts maladroits d’un organisme social en proie au malaise.
Puis les « soixante-huitards » se sont dispersés, partant élever des chèvres en France profonde ou faire la route des Indes en quête de paradis artificiels ou tombant dans les rets d’affairiste de la spiritualité à la carte.
Une grande majorité d’entre eux se sont lancés dans les affaires avec des méthodes beaucoup plus dures et conquérantes que celles des pères qu’ils avaient critiqués et ont activement travaillé, relayés par leurs fils, à construire ce modèle qui s’effondre aujourd’hui.
Effondrement qui vient après celui  d’autres modèles  , qui avaient d’abord séduit  une partie de cette génération, et qui ont également montré leurs impasses, de l’ex-empire soviétique à la Chine .

De nombreuses personnalités intellectuelles qui font figure de précurseurs, avaient depuis longtemps jeté l’alarme sur l’emballement de sociétés mécanisées, déshumanisées, vouées uniquement à  l’argent et la spéculation, sans orientation.

Un nouveau tournant de l’histoire nous confronte donc à la démonstration tangible de la caducité de ce modèle qui  s’est auto asphyxié.

Après l’échec d’autres voies, une nouvelle orientation d’équilibre et de sagesse est à réinventer.
Elle s’impose à nous alors que  nous ne voulions pas apporter à la crise  environnementale toute l’attention que sa gravité appelle déjà depuis des décennies .
Notre vaisseau terre fait eau par de nombreuses voies .
L’humanité doit se relayer aux pompes, colmater au plus vite pour ne pas sombrer dans le désastre.
Un équipage en conflit ou arraisonné par des pirates ,ne pourra agir efficacement dans l’ordre et la solidarité.

Au moment où le monde n’a jamais été aussi complexe, l’enjeu  d’une société humaniste, durable, qui sache concilier le développement de tout le potentiel humain, tout en respectant l’équilibre de son environnement naturel semble vertigineux .
Pourtant, outre que nous n’avons pas le choix,  nous avons aussi développé des techniques ,qui, si elles sont orientées vers ces buts, peuvent nous  donner des moyens d’action considérables.

Ce tournant impressionnant qui s’amorce  peut devenir celui d ‘un sursaut planétaire salutaire.

Cela demande que nous nous impliquions tous .
Seules des sociétés  justes, démocratiques, équilibrées et pacifiques seront en mesure de prendre les bonnes décisions pour le bien commun planétaire .
Cela exige de ne pas, de ne plus rester dans l’attentisme. Mais au contraire d’éveiller   notre vigilance, notre lucidité, notre solidarité.
Chacun d’entre nous, comme agent d’une conscience générale, a son rôle à jouer, dans chaque geste du quotidien pour pousser à la roue dans la direction favorable.
N’oublions pas que le moindre petit grain de sable peut casser le plus grand des rouages.   
Lors de la Conférence Nationale du Mouvement Démocrate d’Octobre 2008, François BAYROU rappelait l’action d’une modeste femme de ménage noire Américaine qui avait soudain refusé de subir la discrimination.Quelques décennies plus tard , le premier Président noir des USA accède à la Maison Blanche. Nous prouvant qu’aucun geste n’est vain, que toute action même symbolique  participe d’un changement.

Il est impératif de retrouver les fondements , la réalité d’une  société démocratique,  à l’échelle de la nation d’abord  et finalement du monde en partant du moindre petit village, microcosme qui doit refléter la macrocosme.
Car, encore une fois, seule une société démocratique, humaniste, à l’échelle de la planète nous permettra de relever les défis qui nous confrontent.
L’exigence et la vigilance citoyenne de France, d’Europe, du monde, sont le dynamisme qui doit permettre de réels changements dans la direction de nos sociétés.

Cette crise  qui survient  comme une remise en question  se présente juste au moment où doit s’ouvrir la campagne pour les élections Européennes.

Comment ne pas y voir une invitation de l'Histoire ?

Alors que l’Amérique affaiblie sombre dans d’inextricables difficultés, de nouvelles puissances avides , parce que  trop longtemps frustrées , sont prêtes à employer sans freins les méthodes mêmes qui conduisent aux catastrophes écologiques et économiques en oubliant les impératifs humains et démocratiques.

Il y a donc une réelle urgence à un grand sursaut des consciences Européennes, qui sachent puiser en elle les ressources que leurs donnent leurs vieilles expériences. Et qui puissent ainsi offrir au monde un pôle de stabilité, d’équilibre , de sagesse d’où s’élabore le modèle de société humaniste  de demain. Celui qui pourra se répandre sur le globe, non en s’imposant mais en rayonnant et en s’adaptant, afin de redonner espoir à l‘humanité.

C’est le voeu qu’il faut former pour que 2009  sache répondre au défi lancé par 2008.

02/12/2008

La longue marche de la conscience humaniste

Même si tant d’encre et d’images ont coulé depuis l’élection du premier Président noir des Etats - Unis, face à un sommet de l’Histoire, il est tentant de vouloir y planter aussi son petit fanion.
Pour qui, comme moi, a passé une partie de son enfance dans une Amérique encore structurée par la ségrégation, l’accession de Barack OBAMA à la Maison Blanche prend un poids inouï.
Quel progrès rapidement tracé dans les consciences pour transcender les préjugés inculqués de génération en génération jusqu’à ce basculement positif .
D’Abraham Lincoln abolissant l’esclavage, au rêve de Martin Luther King devenu martyr de sa lutte non-violente, en passant par tous les gestes symboliques, petits ou grands , anonymes ou célèbres , tous les écrits, toutes les prises de position courageuses, le long chemin d’étape en étape à tracé sa voie avec persévérance pour en arriver à cette élection symbolique.
Le fait est positif en soi , mais il est aussi à prendre comme un encouragement et un espoir qui dit que les luttes ne sont pas vaines, qu’aucun combat n’est inutile.
La mort de Martin Luther King comme celle de Gandhi était pour moi, dans mon adolescence, source de révolte et de désespérance, comme si les hommes de bien étaient inéluctablement voués à la destruction et que ,dans ce monde , les dés étaient pipés.
Même si le prix de leur sang demeure inadmissible et tragique, il est au moins une source d’encouragement de constater que leurs combats, que les combats de tant d’autres, portent finalement des fruits , même s’ils ne sont pas toujours immédiats.
Selon une perception qui n’engage que moi , j’ai vécu la victoire d’OBAMA comme un autre signe fort , générateur d’espoir. Par le fait que celle-ci survient précisément au moment d’une gigantesque crise financière mondiale qui ébranle nos sociétés comme une lame de fond.
Au premier degré, cette crise aura vraisemblablement eu sa part dans la victoire du Sénateur Démocrate de l’Illinois . Mais j’y ai ressenti une sorte de confirmation intime que cette crise était une poussée évolutive, pour un plus grand développement des consciences individuelles, un emmarchement, un basculement vers cette nouvelle ère que beaucoup appellent de leurs vœux ,face à des modèles de sociétés qui débouchent sur de graves impasses sur le plan humain et au niveau de notre environnement planétaire.
Même si son adversaire Mac Cain était réputé nettement plus ouvert que
W .BUSH, la poursuite de la politique des Républicains aurait donné une toute autre tournure aux évènements. C’était craindre la poursuite d’une politique responsable des abus qui ont crée la crise actuelle , c’était craindre que trop de facteurs ne s’enveniment sur la planète dans un climat encore plus tendu par l’avènement du désastre économique. C’était craindre que les situations ne deviennent encore plus complexes .
À l’opposée la victoire d’OBAMA non seulement va donner l’espoir d’un changement, mais elle donne aussi à l’Amérique un tout autre visage face au monde et à sa nouvelle configuration , qui la sort des ornières et des clichés d’un monde Occidental, blanc et impérialiste réveillant les échos des meurtrissures des anciens colonisés, en opposition avec les puissances émergentes du tiers monde.
C’était donc, dans la configuration actuelle, pour beaucoup d’analystes et d’observateurs, la meilleure carte qui puisse se jouer. Et elle a été jouée.
Nous donnant par là une respiration. Et donc une raison d’espérer.
Reste un gigantesque enjeu face auquel un seul homme, si grand soit-il , n’est qu’un grand pion sur l’échiquier.
Or cette crise financière déferle au moment où l’humanité était de plus en plus confrontée aux conséquences de ses agissements sur son environnement et où elle s’activait à prendre des mesures souvent déjà tardives.
Selon un éminent économiste avec qui j’ai récemment discuté au Mouvement Européen , la crise menace ces mesures pour l’environnement ainsi que les activités culturelles.
Pourtant, par son gigantisme et son origine c’est bien notre modèle de société qu’elle remet en question, comme si elle nous mettait au pied du mur pour enfin avoir le courage de changer, le courage de renverser la vapeur, de trouver une voie d’équilibre qui permette l’accomplissement de l’homme, des hommes, sans que cela soit au préjudice d’autres hommes et de la planète.
On s’inquiète du recul de la croissance.
Mais la croissance pour quel sens ?
Nous en sommes venus à trop séparer les phénomènes alors que leur imbrication n’a jamais été aussi complexe, comme un gigantesque « Micado », susceptible de s’effondrer au moindre faux mouvement.
Si la technologie a été tellement désignée comme responsable des dégradation planétaires, n’est-ce pas plutôt les appétits économiques, la course au profit qui l’a orientée vers des voies néfastes ou dangereuses ?
Il n’est donc pas possible, plus possible d’orienter l’économie sans ces impératifs, comme il n’est plus possible de continuer à se désintéresser de ceux à qui il n’est même pas donné une condition humaine digne de ce nom, et qui sont millions sur notre globe.
La nouvelle politique Américaine va s’orienter vers ces facteurs et les valeurs qu’elles impliquent.
Mais pour autant rien ne sera joué car cela va demander des changements considérables de mentalités, que certes les élites intellectuelles de ce grand pays espèrent depuis pas mal de temps, mais qui devront graduellement se répandre dans des modes de vies qui n’y sont pas préparés.
Les Américains sauront-ils passer rapidement de l’ère du gaspillage et du superflu individualiste à l’ère du développement durable et de la conscience planétaire ?
Car ce sont les consciences de chaque citoyen d’Amérique ou du monde qui
sont en jeu pour arriver à trouver une voie d’équilibre humaniste qui redonne du sens à nos sociétés et au progrès technologique.
Nous n’avons jamais eu autant de moyens techniques pour y parvenir et communiquer les informations aux quatre coins du globe.
Mais à l’opposé ces moyens peuvent être retournés pour nuire avec une rapidité et une puissance également unique dans l’histoire de l’humanité.

Cela nous donne la mesure des enjeux, en nous rappelant que chaque combat, chaque geste compte, et que nous ne pouvons pas laisser rogner
les fondements et les valeurs de nos démocraties si nous voulons pouvoir
voir s’instaurer un mode de société plus cohérent.
De la justice à la santé , de la vie sociale à la culture, de la science à l’environnement, le monde n’est fait que d’interrelations que nous ne pouvons négliger. Qui nous imposent une constante vigilance citoyenne et politique.

Face à ces enjeux, le projet Européen, fondé par des vieux peuples expérimentés et qui n’ont pas encore poussé jusqu’à l’impasse le modèle de société à l’Américaine qui a dominé jusqu’à présent , a un rôle majeur à jouer.
Son développement, pourvu qu’il soit réellement en cohérence avec ses valeurs humanistes fondatrices, ne pourra qu’aider l’Amérique et le monde à faire émerger une nouvelle conscience dont notre avenir et celui des générations futures dépend.

 
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