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05/11/2009

Media-politique et démocratie


Au fil de l’actualité un problème me préoccupe constamment qui à première vue lui semble secondaire mais qui néanmoins participe de celle-ci.
Il s’agit de la surexploitation de l’image en général et  de celle des politiques en particulier.
Celle-ci s’est graduellement imposée au fur et à mesure du développement des techniques qui a fait un bond en avant prodigieux depuis  quelques décennies et littéralement explosé plus récemment. Abondamment exploitée pour la publicité, pilier principal de l’incitation à la consommation et donc d’une direction de nos sociétés, la surenchère de l’image a aussi pris  une part prépondérante dans le jeu politique. Entraînant l’utilisation de ce terme qui ne devrait pas lui être approprié si la politique retrouvait ses vraies lettres de noblesse.
D’une enfance proche des Indiens pueblos d’Amérique je dois  garder une certaine vigilance   : époque  pourtant pas si lointaine où l’électricité était refusée  par les Chefs  pour éviter la propagation de la Télévision dans le pueblo et l’envahissement de la culture Anglo-américaine au détriment  de celle  des Amériendiens qui refusaient alors  également que leurs cérémonies soient photographiées et répugnaient à l’être eux-mêmes. Pour eux l’image leur prenait quelque chose. Ce quelque  chose là,  leur authenticité, s’est depuis quelque peu perdu.
Digression qui ne m’écarte pas de la politique d’image ou politique  spectacle.
L’ utilisation  ou la surexploitation de l’image individuelle  des hommes  ou femmes politiques ,  à l’égal des  stars du show bizz tend incontestablement à  leur faire perdre quelque chose également. Utilisée en quantité énorme , la photographie qui  démultiplie l’image des personnalités à l’infini est également  extrêmement  subjective et peut donner une impression défavorable ou favorable selon le choix qui en est fait.De là à craindre des dérives  propagandistes  il n’y a qu’un pas à franchir.   Ce qui est en tout cas indéniable c’est qu’elle pèse  d’un poids  certain dans l’impression qui est donné au public qui est aussi un électorat. Ce  qui entraîne une surenchère de son exploitation à visée électoraliste  et un investissement personnel allant jusque-là la chirurgie esthétique pour conquérir  des postes parfois suprêmes et qui demande des capacités et des qualités  qui n’ont rien à voir  avec celle d’un instantané bidimensionnel auquel  risque d’être limitée la personnalité de l’homme ou la femme qui se présente pour ces hautes  fonctions républicaines. Sans parler naturellement de l’image cinématographique ou video  qui pousse également à transformer les  politiques en acteurs de cinéma , là encore les éloignant de leur véritable mission.
Il ne s’agit pas ici de l’image liée à la dignité d’une fonction et qui   compte dans celle-ci notamment pour la représentation de la nation, mais à  celle liée à des critères esthétiques relevant plus du septième art ou de la mode.
La lassitude  d’une part et la fascination  d’autre part des citoyens électeurs ne sont-elles pas liées directement à cet incessant envahissement de l’image de leurs politiques qui les éloigne de la vérité de ceux-ci en  leur jetant une poudre aux yeux  qui ne peut  leur permettre  de capter réellement la réalité d’un homme ou d’une femme. Ce d’autant plus dans une accélération des évènements et de l’actualité qui étourdit constamment et empêche d’approfondir. Ceci vaut dans le positif comme le négatif : ne plus voir les dangers ou les qualités d’une personne réelle mais être envahis de l’image qu’elle même ou que les médias  veulent bien donner.
Si déjà ce simple reflet, cette impression visuelle ne peut en aucun cas circonscrire un être  humain , la diffusion à outrance d’images instantanées qui fouillent les visages et en arrête les  expressions au centième de seconde
peut distordre totalement une personnalité ou lui donner  un aspect contraire à sa réalité.
Un exemple récent illustre ce propos :   Il est admis que le Président jacques CHIRAC est une personnalité majoritairement  appréciée des français qui considèrent qu’il donnait une bonne image de la France.
Or depuis son renvoi en correctionnelle, on rencontre de plus en plus une photo  assez ridicule du Président  faisant une étrange grimace,  pour illustrer les articles portant sur cet évènement . Il s’agit d’une mimique qui lui a été volée grâce à la rapidité d’action des appareils photographiques  qui immobilisent , figent ce que l’oeil  lui même n’arrêterait pas  et qui est utilisée dans un contexte tout à fait différent de celui qui a pu engendrer cette très fugitive expression  qui prend  ainsi une importance qui n’existait  pas dans la réalité  . Associée au premier renvoi en correctionnel d’un Président de la République Française, cette mimique tragi-doloureuse donne l’impression  d’un homme affecté par une situation qu’il craint , voire d’un homme qui s’est fait prendre  et s’en rend compte trop tard. Elle ne peut manquer d’influencer ne serait-ce que subconsciemment  le lecteur et ressort d’une intention puisque Jacques CHIRAC a au contraire la réputation d’une grande maîtrise de soi.
Il y aurait mille exemples de ce type .
Le propos n’est pas de faire le procès de l’image. Ni de remettre en question l’évolution des techniques.
Mais une société humaniste devra finalement se poser des questions de fond sur l’impact  réel et insidieux  de l’utilisation de l’image sur les consciences et des possibles dérives  pour nos démocraties par sa surexploitation .
Elle devra trouver les moyens de résoudre un dilemme afin qu’une politique de l’image ne puisse l’emporter sur une politique des idées .
De  l’image au financement de campagne une  démocratie humaniste peut-elle  espérer réellement  s’instaurer en privilégiant les moyens financiers ou le « look » des candidats qui doivent représenter le peuple et confronter des défis premiers pour l’humanité ?
Les temps nous appellent à la sobriété et à la sagesse et non au grand spectacle qui  s’écarte autant de la vérité des hommes qui représentent
que de ceux qui sont représentés.
Encore faut-il  que les consciences cessent d’être subjuguées par la  « peopolisation » et ses miroirs aux alouettes qui écartent des vraies valeurs  dans des buts purement financiers.

 
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